Le paysage des géants de l'IA est marqué par une concurrence féroce, des stratégies d'écosystème divergentes et des controverses internes. OpenAI a récemment débranché Sora, son modèle de génération vidéo, à peine quinze mois après son lancement. Cette décision, expliquée par des coûts de calcul insoutenables (estimés à 172 dollars par minute de vidéo générée) face à des revenus minimes, a entraîné l'annulation d'un accord d'un milliard de dollars avec Disney et a mis en lumière les défis économiques de la monétisation des modèles d'IA les plus gourmands en ressources.
Anthropic, de son côté, a connu une ascension fulgurante, dépassant OpenAI en revenus annualisés (30 milliards contre 25 milliards en avril 2026). Cette croissance est largement attribuée à la performance de ses produits, notamment Claude Code, devenu l'outil par défaut pour de nombreux développeurs. Cependant, Anthropic a également été au centre de controverses, notamment avec la fuite accidentelle de 3 000 documents liés à son modèle Claude Mythos, révélant son architecture interne et ses capacités offensives en cybersécurité. Cette fuite a été suivie par une stratégie de "jardin clos" où Anthropic a bloqué l'accès à OpenClaw, un agent IA open source très populaire basé sur Claude, tout en lançant son propre outil concurrent, Claude Code. Cette approche est comparée au modèle Apple, privilégiant le contrôle et la monétisation interne au détriment de l'ouverture de l'écosystème.
Les tensions ne sont pas limitées à la concurrence externe. Une enquête du New Yorker a exhumé des mémos internes d'Ilya Sutskever et des notes de Dario Amodei, révélant une culture d'entreprise chez OpenAI marquée par des "mensonges", des "pivots permanents" et des "promesses impossibles". Sam Altman, le PDG d'OpenAI, est dépeint comme un fondateur brillant mais "incontrôlable", avec des comparaisons internes à des figures controversées comme Bernie Madoff. OpenAI fait face à une consommation de trésorerie colossale (218 milliards de dollars prévus entre 2026 et 2029) pour l'entraînement de ses modèles de nouvelle génération, ce qui crée des divergences avec sa directrice financière et des inquiétudes parmi les investisseurs quant à la rentabilité et à une potentielle introduction en bourse.
Pendant ce temps, Meta fait un retour remarqué sur le marché des modèles de fondation avec Muse Spark. Ce nouveau modèle, développé en neuf mois pour 14 milliards de dollars, est non open-source mais offre des capacités compétitives avec Opus 4.6, Gemini 3.1 Pro et GPT 5.4, notamment grâce à des outils intégrés pour la navigation web, la recherche de contenu Meta, la génération d'images et l'exécution de code Python. Meta prévoit également un mode "Contemplating" pour des raisonnements plus longs, signalant une ambition renouvelée dans la course à l'IA.